dimanche 28 novembre 2010

Les brèves de comptoir, ça n'existe pas : il y a trop de temps à tuer et trop peu de mots disponibles.


Les brèves de comptoir, ces petites perles poétiques que l'on recueillerait au bar, sont de pures inventions littéraires : cela n'existe pas. Dans la réalité il n'existe que des longues de comptoir : ils radotent ceux qui pérorent au zinc, ils s’embrouillent, ils insistent, ils se répètent plusieurs fois car le noyau de leur histoire est maigre et ils ont du temps à tuer, ce n'est drôle qui si on le regarde de loin, si l'on s'abstrait, si on les sort du contexte, et surtout si on peut partir à tout moment. L'alcool crée parfois une poésie aléatoire, mais l'ivrogne réel est intarissable, pesant et interminable.

L'autre jour l'un d'eux refondait la météorologie, science tout à la fois complexe et très partagée. « À chaque lune, le temps change : en mieux, ou en moins bien, ou bien reste comme il est. S'il doit changer, il change. J'observe ça depuis des années. Je ne comprends pas que les météorologues n'appliquent pas leur théorie là-dessus. C'est physique, c'est logique. Sinon il n'y aurait pas de marées. La Lune attire l'eau. Alors elle doit bien agir sur l'atmosphère. Ils devraient voir ça, non ? Je ne comprends pas. A chaque lune, il suffit de regarder, le temps change : soit en mieux, soit en moins bien, soit en restant comme il est." Et ça a continué comme ça pendant un moment, avec l'enthousiasme d'un Galilée persuadé de gagner son procès à tous les coups. Brèves, au comptoir ? Celui qui en parle doit voir ça de loin.


2 commentaires:

tbruiz a dit…

PERFECT !!!!!!!!

tout est dit
un bijou

jalexis a dit…

Hé hé...je savais bien que t'avais des doutes sur les brèves de comptoir...