lundi 27 février 2012

Maréchal, me voilà

Voilà que ça sent le poussiéreux, ce blog. Manque d'espace pour griffonner, je radote, je crois. Et quand j'ai un moment assis, c'est dans le train. Et je ne sais pas comment ils font ceux qui dessinent dans le train, moi je trouve que ça bouge. Peut-être ais-je les proprioceptions aiguisées ? Ou la main pas assez ferme. A cause des médailles, ça. J'ai reçu celle de la ville de Lyon, celle de la ville de Belley, je suis décoré comme un maréchal soviétique, je cliquète en marchant, je dévie les boussoles sur mon passage, je penche en avant et dois me cambrer pour résister au poids. Une légère odeur de formol m'entoure. Deux messieurs costauds, très polis, m'emportent pour le défilé sur la Place Rouge. Ils veilleront. Si je vacille, ils me maintiendront. Et quand tous les jeunes gens impeccables auront traversé la place de leur pas minuté, ils me remporteront, toujours très polis. je suis Maréchal du peuple des Lettres, et on ne me sort plus qu'avec précautions.

jeudi 26 janvier 2012

Faudrait que je fasse les salons à bicyclette

Le régime Goncourt est assez déplorable : sandwich au pain de mie les midis, debout dans la gare, ou assis dans le train, restaurant le soir, avec petit verre, hips, et puis dodo et puis signatures encore. Ma bicyclette, la pauvre, reste seule au garage, le compteur n'a pas enregistré un tour de roue depuis août. Pas bon, ça ; pas bon. Il me suffit de baisser les yeux pour voir que c'est pas bon. Ecrire, déjà que c'est pas bon, parce que ça se fait assis, et ben quand l'écrit marche, c'est encore plus pas bon. L'art, ça craint.

dimanche 15 janvier 2012

Les Etats sont impuiissants face aux marchés ? Bombardez les marchés.

La France a perdu son triple A. Tu parles. Comme si elle avait un triple A. Comme si elle avait perdu quelque chose. Simplement, une agence de notation avait donné cette note là. La situation était résumée en une note probabiliste, exprimant le risque virtuel. On a l'impression, à entendre et lire, que la France avait une propriété physique, qu'elle l'a perdue comme on perd une casquette, et qu'il faut courir pour la rattraper. On pourrait croire, à lire et à entendre, que l'instrument de mesure est la réalité. Et que la réalité doit s'adapter à l'instrument de mesure. Quand on sait comment fonctionnent les instruments de mesure, on en est moins sûr, de cette supposée adéquation. C'est une des dérives idéologiques du libéralisme que de croire que les bourses, les taux ou les prix reflètent une réalité ; on ne prend jamais en compte les dynamiques internes propres aux instruments de mesure. Pour répondre fermement à cette crise, je propose de bombarder le siège des agences de notation. Cela démontrera les qualités de cet avion Rafale que nous avons un peu de peine à vendre, et ça calmera les autres. Après, on discute de ce troisième A qu'ils auraient égarés.

vendredi 13 janvier 2012

Mon indolence naturelle est mise à rude épreuve


Il n'aura échappé à personne que ça sent un peu la panne, la sécheresse créative, la pénurie graphique. C'est que le dessin se fait en silence et sans contraintes...alors du coup, il s'en fait peu. Du dessin, je veux dire, car des contraintes, y'en a, et du silence, par contre, point. Une figure dans un carnet. Mais j'avais bu une bière, c'était tard, je n'avais rein de pressé à faire, et c'est bien rare.

dimanche 1 janvier 2012

Je crois que l'on surestime beaucoup l'astronomie maya en ce moment

Amis lecteur, l'océan est si grand, qu'il s'y trouve sûrement une île pour chacun. Allez où vous voulez. Mais à qui ne sait pas où il va, tous les vents sont contraires. On m'a vendu ça comme proverbe chinois, mais je crois que c'est dans Montaigne. Peu importe : c'est vrai. Heureuse année à tous.

vendredi 23 décembre 2011

Le comptoir au pouvoir

Ah les merveilleuses répliques de comptoir! plus isolées elles sont, plus hors contexte et incompréhensibles elles sont, plus on les aime pour leur poésie involontaire, leur philosophie faussement profonde. Le comptoir est l'ouvroir de pensée potentielle d'où jaillissent les plus étranges nouveautés. Tout le monde acquiesce et se renvoie une rasade, et repose sont verre d'un coup sec.
La philosophie de comptoir devient même le think tank officiel des décisions gouvernementales, tant elles ont l'air bien, ces pensées sans contexte. Un échange de tir à la kalachnikov fatal à un policier ? On promet des fusils à pompe capables de stopper une voiture d'une seule balle. Les gardiens d'immeubles ont du mal dans un environnement dégradé ? On leur permet le maniement du tonfa et des gaz incapacitants. Vous entendez à chaque décision le coup de glotte qui fait passer l'apéro, et le choc du verre sur le bois du comptoir ? Il y a de la violence ? On va rajouter de la violence, et ils vont voir qui c'est le plus fort. En plus, ces solutions là elles ont l'air bien, elles font plaisir le temps de les dire, et elles coûtent bien moins cher qu'une vraie solution, qui coûteraient du temps et des gens.
On n'a plus ni l'un ni l'autre, les élections approchent. Il faut s'activer au comptoir.

dimanche 18 décembre 2011

Je suis une fiction, et c'est très bien comme ça


C'est drôle, il y a en ce moment une polémique sur la notion même de roman, et je suis dedans. Si on regarde les prix d'automne, il n'y a qu'une fiction, moi-même, le reste, c'est "narrative non fiction", comme disent en leur langage les types du Mayflower. Du coup, on me pose perpétuellement la question de la documentation, soupçonnée d'être immense, alors que c'est un faux problème. On voudrais que mon livre aussi soit de la non fiction. Je résiste.
Je suis intimement persuadé que la littérature doit faire œuvre de regard sur la réalité, et aussi que la fiction a des rigidités qui cachent justement la réalité. Mais faut pas être naïf. J'ai toujours ri du bandeau "d'après une histoire vraie" apposé sur les affiches des hollywooderies, cela me paraissait un effort assez bouffon pour lester une intrigue molle d'un alibi de réel. Et maintenant, on voit apparaître ce bandeau sur des livres de littérature. J'en ris tout autant. Un soupçon règne sur la littérature [sic], mais de ces soupçons qui gouvernent les agents immobiliers : pour louer, il faut un garant, parce que le future locataire tout tremblant qui s'avance avec son désir d'habiter, il ne se suffit pas à lui-même, il lui faut des garants, derrière, qu'on ne verra jamais, mais on croit à leur puissance économique. Mais un livre est un livre, c'est tout. Qu'il soit tiré d'une histoire vraie ne lui apporte rien.
Alors quand d'aucuns affirment que l'on ne peut écrire qu'à partir d'une expérience réelle, car si on écrit sans y avoir été, on n'en a pas idée, et c'est une falsification éhontée de la réalité, cela me paraît être une méconnaissance absolue de : 1. La réalité, 2. La littérature, 3. La notion de vérité, 4. Le psychisme humain. C'est tout pour l'instant.
Dans Vie et Destin, de Grossmann, lors d'une discussion à la russe, arrosée, la nuit, de littérature, un commissaire politique affirme que si Guerre et Paix a de la valeur, c'est que Tolstoï y était, à Borodino. Les autres essaient de le détromper, dates à l'appui. Il insiste, la qualité du livre est une preuve : Tolstoï y était. Il se fâche. Les autres arrêtent de discuter. Il est commissaire politique, tout de même. On va pas risquer dix ans à Magadan pour les dates de Tolstoï.