mardi 4 septembre 2012
On ne se lasse jamais de regarder ses congénères
Retour aux affaires, donc, parmi l'agitation habituelle. Le
lycée, c'est comme la piscine : quand on est au bord, ça paraît
insurmontable et froid, on regrette déjà de s'être mis en maillot, on
voudrait réenfiler son peignoir. Et puis quand on y est, on nage, et
tout va bien, on se demande même pourquoi on a hésité;
c'est la vertu de ce métier hautement relationnel : dès qu'on est avec
les autres, d'autant plus si on apprécie et estime ces autres, tout se
résout, on est lancé. Et puis rêveusement on regarde les dames dont la délicate architecture est pour chacune différente, et cela donne une idée de l'infini. Celle des hommes sûrement aussi, mais je regarde moins ; question d'habitude.
mardi 10 juillet 2012
Le stress de l'examen rend créatif
Et voilà, c'est fait. Le dernier ado tremblant est parti avec son bac rattrapé. J'ai tâché de juger au mieux, mais parfois quand même, ce qui m'est présenté comme de la biologie moderne n'est qu'un extraordinaire smoothie à base de rumeurs confuses, d'opinions tordues et de confusions extrêmes où le symbolique tient bien plus de place que le scientifique. C'est étrange ce qu'un adolescent de 18 ans peut parfois dire sur certains chapitres, particulièrement ceux-qui concernent la génétique, la sexualisation, et la reproduction. Ils parlent beaucoup d'eux, pas vraiment d'un savoir rationnel. Le barème est complètement explosé, car il ne prévoit pas une utilisation sauvage des termes de la biologie. Alors on tâche de juger au mieux.
jeudi 5 juillet 2012
Les coulisses de l'institution
Aujourd'hui des listes de nombres ont été lues à haute voix, le tout vérifié, additionné, puis tamponné de différentes façons. Pour que l'examen aie quelque sens il faut une intervention humaine. J'étais, avec quelque autres, cette intervention humaine dans un monde de chiffres. Ce n'était pas très drôle, mais vaut mieux ça que la machine.
mercredi 6 juin 2012
Ils grandissent....
Faut pas rigoler avec ça...chu ultrasérieux, mafioso et bodyguard...mon fils (le grand, en engageant les deux petits...) a fait un superfilm. Mon sens critique est bien sûr un peu brouillé par les larmes de joie que je verse quand je vois ce qu'il a fait, mais quand je m'essuie et mets mes lunettes pour cacher mes yeux rougis de fierté, et ben il me paraît toujours bien, ce film. Bravo les p'tits gars.
vendredi 25 mai 2012
Le crayon est une flêche qui indique l'emplacement exact du bonheur
Quand j'avais vingt-cinq ans, Michel Serres était mon héros intellectuel. Qu'un homme pense par l'exercice gourmand de la langue, et applique cette pensée au science, cela m'enchantait, et la simple existence d'un tel homme me rassurait sur moi même : ce que j'aimais pouvait exister, puisque cela existait. Et il m'a ouvert à la philosophie pratique : non pas une philosophie rationnelle et abstraite de concepts, mais une philosophie de lutteur qui s'empare de son objet réel pour tenter d'en résoudre l'incompréhensibilité immédiate. Et il m'a montré aussi que dans la structure même des mots, il y a du sens;
C'est dingue ce que je lui doit ! Moi qui a manqué cruellement de maître, il en fut un.
Bien sûr, en simple termes graphique (mais c'est sûrement métaphore de quelque chose) se pose toujours le même dilemme : que considérer comme le résultat final de mes gribouillages ? Ce qu'il est convenu d'"appeler un brouillon, que j'ai eu grand plaisir à modeler, à voir apparaître lentement, à partir de rien ? Ou ce qu'il est convenu d'appeler le dessin fini, que j'ai eu grand plaisir à tracer en noir net sur du blanc net ? Celui-ci gagne en netteté ce que celui-là perd en souplesse...le dilemme est sans solution. Tant pis. Ce qu'il y a de bien dans le dessin, quand on fait ça sans autre ambition que le plaisir qu'on y trouve, c'est le temps tranquille que l'on y passe ; qui parfois, souvent, est une forme assez accessible de bonheur.
jeudi 10 mai 2012
Parfois le cri de joie est la forme que prend le soupir de soulagement
Bien sûr l'image date du 6 mai...mais il n'y a pas de date pour être content. Et puis plusieurs lundi ça sentait le printemps, le vert des arbres était d'une grande diversité et subtilité et les oiseaux chantaient avec la précipitation de ceux qui ont des semaines de grisaille à rattraper. C'était le premier jour après l'élection présidentielle. Pour l’instant ça se passe plutôt bien. Seul souci : de qui vais-je dire du mal, maintenant ?
lundi 30 avril 2012
Y a pas de mal à dire du mal, même des fois ça fait rire
On en dit du mal, de moi, mais c'en est grotesque comme c'est drôle, ou bien drôle comme c'en est grotesque. Par exemple, dans une revue très bien pensante qui dénonçait (ha ha...) l'aspect rétrograde de la littérature française, on lit ça :
La musique des trente dernières années a
été bouleversée comme jamais par les beats et les nappes synthétiques. Les
écrivains, eux, se sont achetés des boules Quiès. (...) La cause de ce marasme
? Voilà l'hypothèse : le fantasme littéraire, qui court depuis le XIXe siècle,
de l'autarcie voire de l'autisme. L'écrivain est seul : seul comme Flaubert,
l'ermite de Croisset. Dernier exemple en date, celui du Goncourt 2011, L'Art de
la guerre : Alexis Jenni vit à Lyon, loin de l'épicentre parisien de la vie
littéraire, son narrateur-écrivain est un solitaire en marge de la société.
Rien d'étonnant, dans ces conditions que les romanciers se désintéressent de
la musique électronique, musique grégaire s'il en est, musique des masses.
Bon, on passera sur le fait que l'auteur de l'article ne soit même pas arrivé au bout du titre du livre qu'il cite (j'en ai vu, qui lisent pas, mais là...), et on se demande la valeur de son hypothèse. En fait, il dit, les écrivains sont ringards de pas parler de l'électro parce que ils se la raclent avec des postures baudelairiennes. Et puis comme l'autre ringard habite à Lyon, ben c'est normal qu'il connaisse rien à rien de la musique. Mais bon, à Lyon, l'électro y a ce qui faut. C'est juste que c'est chiant. En fait, juste, les écrivains parlent de ce qu'ils aiment, ils font pas leur devoir de contemporanéité. La musique électronique me gave vite parce que je n'y entends personne jouer. Je préfère carrément le rap, parce qu'il y a quelqu'un qui parle. Les choses sont simples, finalement.
Allez, un peu de musique à l'ancienne, faite par des gens,
qui résume mon humeur quand j'ai lu ça.
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